Höhenfeuer

Film

A la clé d’un tel triomphe, il y a la diversité, la richessse de Höhenfeuer, œuvre à la fois ethnographique, autobiographique, psychanalytique, naturaliste et fantastique. En maîtrisant parfaitement l’intrication de ces registres réputés difficilement compatibles, Murer a signé un film à plusieurs niveaux de lecture, un film aussi complexe et vrai que la vie. Murer a réussi à dire l’indicible. Aux antipodes du “Heimatfilm” où les personnages ne sont que des figures, des pathos censés représenter les valeurs de la Suisse éternelle. Murer raconte une histoire belle comme une tragédie antique, mais inscrite dans un contexte moderne défini. La symbolique puise ses motifs au fonds mythique universel (le drap teint en noir pour signaler le deuil rappelle le voile de Tristan et Iseult, la tombe de neige évoque le cercueil transparent de Blanche-Neige) et dans les signes de la modernité (hélicoptère, exode rural). Et c’est aussi bien l’atavisme de la colère, l’antique malédiction que la problématique contemporaine qui détermine l’issue fatale.
Antoine Duplan, Hebdo,1986


-Vous avez écrit L’âme sœur en Islande, pourquoi?
Je cherchais un endroit désert pour me ressourcer, un paysage archaïque. J’avais d’abord pensé au Sahara, mais la chaleur m’empêche de penser. J’ai alors songé à l’Islande. Depuis Nanouk l’esquimau, j’ai toujours été attiré par le Nord. Je me suis donc retiré six mois sur cette île. J’ai beaucoup marché, à travers des no man’s lands où j’aurais pu disparaître sans laisser de traces. Une véritable catharsis. J’ai fouillé dans ma mémoire, très profond. Jusqu’au jour où, soudain … le trou noir. Rien, pas un souvenir de mon adolescence, de cet âge-charnière où nos rêves les plus fous sont enterrés. Qand on est petit, on rêve de devenir pilote, Prix Nobel, naturaliste ou dompteur. Et puis arrive la puberté, une période compliquée qui nous transforme en comptable, en employé de banque…
Ce vide m’intriguait. J’ai persévéré dans ma quête. J’ai beaucoup écrit, rêvé. Peu à peu, la mémoire est revenue. Des choses étranges, très intimes. C’est à quatorze ans, pour la première fois, que j’ai connu l’amour, la haine, le désir érotique, l’envie de meurtre. J’étais secrètement amoureux de ma sœur et j’avais échafaudé des plans pour éliminer son premier copain. J’ai repris contact avec elle; nous avons beaucoup parlé du passé, déterré des histoires complètement dingues que nous n’avions d’ailleurs pas vécues en réalité, mais seulement imaginées. J’ai découvert là tant de peurs et de désespoir, tant d’interdits, dont personne n’ose parler…
L’inceste, le désir de tuer ses parents…
Des tabous vieux comme le monde. Quand j’étais gosse, j’ai demandé au curé comment l’humanité s’était reproduite, puisque Adam et Eve n’avaient eu que deux fils. Pour toute réponse, j’ai reçu son poing dans la figure. Orwell avait raison, lorsqu’il affirmait que les grandes questions philosophiques sont celles que posent les enfants, car personne ne peut jamais y répondre. Dans L’âme sœur, j’ai voulu montrer ces interdits, les transgresser le plus naturellement possible. Je n’ai pas filmé la réalité, mais mes souvenirs, mes fantasmes d’adolescent, comme celui de coucher avec ma sœur. Peut-être est-ce le désir, inavoué, de beaucoup de gens…

avec Thomas Nock, Johanna Lier

Auteur Murer Fredi M.
Pays Suisse
Année 1985
Durée 120'
Genre Fiction
Version vo st. fr.
Couleur Couleur
Format 35mm
Thème Fredi M. Murer, une mini-rétro