Halte à la violence contre les femmes!

mercredi 30 novembre -1

Spoutnik soutient la campagne Halte à la violence contre les femmes organisée par Amnesty International.
Du 24 novembre au 12 décembre

Pour soutenir la campagne Halte à la violence contre les femmes organisée par Amnesty International Section suisse, une quinzaine de salles de cinéma helvétiques vont programmer en novembre et décembre des films ayant trait à ce sujet. Au total une vingtaine de films montrant ce que les mots ne peuvent dire, ce qui se passe derrière les portes closes, loin de la vue du public. Et qui regarde bien peut changer le cours des choses!

Le collectif du Cinéma Spoutnik a décidé de soutenir cette campagne en programmant deux films de la réalisatrice Kim Longinotto, ainsi que le dernier travail de Frederick Wiseman.

Divorce à l’iranienne
de Kim Longinotto et Z. Mir-Hosseini Iran/GB, 1998, 80´, doc
vo avec sous-titres français

Divorce à l´iranienne est véritablement un film qui sort de l´ordinaire, et un film plein de surprises, dont la première est déjà qu´il existe! Les autres tenant dans les préjugés qu´il bat en brèche. Bien que le film se situe clairement du côté des femmes, ce portrait observateur et pondéré d´une cour de tribunal montre une complexité des caractères quasi renoirienne. Kim Longinotto, réalisatrice, et Ziba Mir-Hosseini, anthropologue et experte de la loi familiale en Iran, nous donnent à voir, grâce à un sens aigu du détail et une patience obstinée, une réalité assez lointaine de ce qu´on pourrait en imaginer.
Les femmes qui viennent plaider leur cause sont surprenantes: combatives, ingénieuses, volubiles, déterminées, elles usent de tous les moyens pour arriver à leurs fins. Face aux lois qui ne leur donnent pas le droit de demander le divorce sans le consentement de leur mari, on découvre peu à peu leur marge de manœuvre, leurs stratégies et les issues possibles. Trois cas de demande de divorce, trois histoires de couples en perdition, tour à tour porteuses d´espoir ou de désespoir…

The day I will never forget
Kim Longinotto,
Kenya, 2002, 92´, doc
vo avec sous-titres anglais

Ses partisans préfèrent l´appeler circoncision féminine. Cependant, en pratique,
(courante dans de nombreuses sociétés musulmanes et africaines traditionnelles) l´ablation du clitoris et la ligature des lèvres portent clairement la référence de mutilation génitale de la femme.
Dans The Day I will Never Forget, Longinotto se rend au Kenya pour affronter la situation. Elle y rencontre deux fronts, l´un travaillant à mettre un terme aux excisions, l´autre, constitué d´hommes et de femmes qui voient dans cette pratique une part importante de leur tradition culturelle. Mais, plus boulversantes et plus choquantes sont les rencontres avec les femmes et les jeunes filles victimes de cette mutilation.

Avec une douce voix off et son regard perçant et sensible au travers de l´objectif, Kim Longinotto livre un témoignage nuancé sur un sujet tabou et encore plus dur à filmer. Longinotto reste discrète sans pour autant reculer devant les réalités, y compris celle du rôle joué par les femmes dans la perpétuation des excisions.
Elle fait preuve d´une grande finesse dans sa relation avec les femmes qu´elle filme, sait gagner leur confiance et les encourager à s´exprimer. Il en résulte qu´elle se voit autorisée à filmer quelques excisions: avec tact, sans violer la pudeur de la fille, mais en capturant totalement la cruauté et la douleur, dans des scènes à déconseiller aux coeurs fragiles.
Bien que retraçant également quelques progrès dans l´effort de banir la circoncision, Longinotto refuse de greffer un happy end sur son film. En lieu et place, un final sous forme de montage des femmes rencontrées, rappelant combien l´issue reste complexe.

Domestic Violence 1
(USA, 3h16, vo avec sous-titres français)

Domestic Violence 2
(USA, 2h39, vo sans sous-titres)
de Frederick Wiseman

extrait d’entretien avec F. Wiseman

Domestic Violence 1, qui dure près de trois heures, se focalise sur deux moments, celui de l´intervention de la police à domicile puis le travail institutionnel avec les victimes. Pourquoi ces choix?

F.W: Ce sont deux moments clés du processus de prise en charge sociale de ce problème et trois heures ne sont pas de trop pour les aborder dans leur complexité. Mais il y a en fait un troisième moment, capital lui aussi, qui fera l´objet d´un deuxième film (Domestic Violence 2): c´est la manière dont la justice s´empare de ce problème, et la confrontation des victimes et de leurs agresseurs, qui sont souvent mari et femme, devant le tribunal. Cette phase est absolument étonnante, parce qu´on s´aperçoit très vite que tout le monde ment, aussi bien les victimes que les agresseurs. Ce n´est pas une chose facile à admettre, mais il existe très souvent une réelle complicité entre les deux individus.

Votre méthode de travail est apparemment toujours la même?

F.W: En effet, je prépare peu, je tourne beaucoup, et la structure du film se dégage au cours du montage. Domestic Violence1 a été tourné en huit semaines, monté en onze mois, et utilise environ 3% des rushes qui ont une durée totale de cent dix heures. Le moment du montage reste pour moi celui où la forme et le rythme du film se déterminent. J´ai besoin de cette confrontation concrète au matériau pour imaginer le film et non l´inverse.

propos recueillis par Jacques Mandelbaum