Vollmond

Film

(…) L’époque dont Vollmond prend (…) le pouls, cette fin de millénaire, connaît des inquiétudes plus métaphysiques. C’est pourquoi Fredi Murer, tout en enracinant avec précision son allégorie dans le contexte réel, part d’une angoisse intemporelle: la mort des enfants. Scandaleuse, insoutenable, une mort collective qui ne pourrait s’expliquer que par des causes surnaturelles. Que par la volonté obscure des disparus de punir leurs parents en les rendant orphelins. Orphelins de leur desendance, eux qui ont trop hypothéqué son avenir. Orphelins de leur propre faculté enfantine à communier avec le monde. Orphelins surtout de cet imaginaire que Pleine Lune invite à venir s’engouffrer dans ses rouages ciselés. Réconciliant du coup le spectateur avec sa complexe et paradoxale nature.
Katia Berger, Le Temps,1998

(…) Avec Pleine lune, son quatrième long métrage de fiction, il nous pose doublement problème. D’abord quant au fond: film-fable qui entreprend rien de moins qu’une redéfinition des rapports au sein de la celule familiale moderne (quels pères, mère ou enfants sommes-nous?), Pleine lune semble se proposer comme objet de réflexion sociétale a priori peu digeste. Mais la forme, elle aussi, est d’apparence ingrate, qui hésite entre l’épure philosophique straubienne et une enquête à la Derrick. Une enquête autour de la disparition de douze enfants, par une nuit de pleine lune. Douze enfants issus de tous les cantons du pays et comme échantillonés dans le spectre social qu’offre la Suisse d’aujourd’hui. Oracle, crime, fugue, mystère religieux? Rien de tangible ne permet d’étayer aucune thèse, mais le choc est suffisamment rude pour secouer la Suisse tout entière, bientôt engagée, par médias interposés, dans une sauvage psychanalyse nationale (ou plutôt confédérale). A bien des égards, l’histoire évoque une version ésotérique et intellectuelle du Village des Damnés, rapporté à l’échelle du fameux petit pays. C’est la part la plus inquiétante, et pas la moins belle, du film de Murer: ses routes, ses montagnes, la manière splendide qu’a le cinéaste de filmer les voitures, les marques de l’architecture humaine dans une nature grandiose. Bref, sa manière de filmer la Suisse au point d’en faire une île dans l’océan européen et l’Etat le plus cocasse, insolite et, au sens noble, inactuel de notre voisinage. (…)
Olivier Séguret, Libé, 1998

avec Hanspeter Müller, Lilo Baur, Benedict Freitag

Auteur Murer Fredi M.
Pays Suisse
Année 1997
Durée 156'
Genre Fiction
Version vo st. fr.
Couleur Couleur
Format 35mm
Thème Fredi M. Murer, une mini-rétro