Precis

Film

Un précis, on le sait, est un "petit manuel", un traité, substantif dérivé de l'adjectif homonyme qui provient du latin praecidere, "couper ras, retrancher". Véronique Goël aborde l'image de deux villes en ouverture et fermeture de son film : Genève et Londres, via deux trajets de piétons décidés (elle-même et son scénariste, Yves Tenret). La première ville est linéarisée frontalement, c'est-à-dire que les trajets rectilignes des marcheurs (les rues nous l'imposent, leur tracé) sont mis bout à bout, en une série de plans en travelling arrière, comme si la ville, ses rues, défaites de leur enchevêtrement de perpendiculaires, d'angles et de diagonales n'était qu'un couloir. A l'inverse, Londres est linéarisée de dos. La suite des séquences opère de la même manière en choisissant chaque fois un mode possible d'approche où l'organisation géométrique déjà là fait l'objet d'un remaniement structural dont le cinéma est l'instrument.
Point de vue, angle, mouvement, durée : on pourrait parler d'"exercice de style" si, déplaçant les enjeux proposés par Queneau, Goël n'introduisait pas par ce travail de déclinaison l'idée que les Formalistes russes avaient avancées en 1920 (Chklovski, Tynianov) de l'opposition sujet/fable. Car le film possède une fable, l'histoire d'un type qui etc., ses rapports avec son amie, son travail, bref! Et le traitement cinématographique produit, transforme cette fable, il ne se borne pas à en varier les connotations ou le "style". A mesure qu'il avance, le volume du film se développe sur la base même de ces "exercices", il prend chair. Une séquence centrale - filmée par Dwoskin alors que tout le reste est dû à un opérateur fort différent, Mat van Hensbergen, vient d'ailleurs, comme au coeur d'une spirale, insuffler une dynamique quelque peu vertigineuse à l'ensemble.

François Albera

Auteur Goël Véronique
Pays Suisse
Année 1985
Durée 80'
Genre Essai
Version
Couleur Noir Blanc
Format 16mm
Thème VERONIQUE GOEL