HÄxan - la sorcellerie à travers les âges

Film

Figure énigmatique, Benjamin Christensen reste une des plus grandes personnalités de l'ère du muet. Christensen a une trentaine d'années quand il abandonne sa carrière de chanteur d'opéra pour se consacrer au cinéma. L' "X MYSTERIEUX" (1913), et "NUIT VENGERESSE" (1915) proclament sans ambages son goût du mélodrame, tandis que sa maîtrise des ombres et de la lumière le place au même niveau que Louis Feuillade.
Il n'arrivera pourtant à asseoir sa réputation qu'en 1921 avec HÄXAN, tourné en Suède. Ce quasi-documentaire qui s'inspire des peintres de la Renaissance (Bosch, Cranach, Bruegel, Dürer) reste un remarquable ciné-pamphlet condamnant le puritanisme et l'intolérance.

"Plutôt qu'une oeuvre romancée sur le démon et ses anges maudits, HÄXAN utilise la forme documentaire pour nous livrer une chronique sur le vif de la sorcellerie, et surtout de son ennemi irréductible, le terrible inquisiteur.
Génialement visionnaire et un tantinet machiste, Christensen compose des images insensées, de véritables tableaux vivants, pour illustrer de frénétiques sabbats ou d'impensables scènes de torture. Tout en prétendant dresser une fresque historique de la sorcellerie, il se complaît longuement à montrer ce que répand la rumeur populaire avec tout ce que cela comporte d'extravagances d'érotisme refoulé, et surtout de lieux communs.
Mais le grand sujet de Christensen, sa jouissance suprême pourrait-on dire, reste tout de même la dénonciation constante de la religion dans ses affaires de sorcellerie, et la mise en situation complaisante de moines paillards et jouisseurs, ou au contraire fanatisés par la frustration sexuelle. En fait, les "sorcières" montrées ici, abstraction faite de toute imagerie populaire folklorisée, apparaissent surtout comme de pauvres créatures innocentes tombant dans les pièges grossiers des religieux prêts à toutes les tromperies, et semblent d'avantage souffrir du classique syndrome d'hystérie que de la possession diabolique.
Réjouissant dans sa mauvaise foi volontaire, le film impressionne souvent et, bien que réalisé en 1921, se permet tout de même d'invraisemblables effets spéciaux à la Méliès conférant une dimension folle et échevelée à certaines séquences surréalistes illustrant les pratiques démoniaques."

Jean-Pierre Putters extrait de "Mad Movies" 1991

Auteur Christensen Benjamin
Pays Danemark
Année 1921
Durée 80'
Genre Fiction
Version
Couleur Noir Blanc
Format 35mm
Thème NUITS DE DECEMBRE